Site personnel JF Coustillière


Aller au contenu

1919 - 1922 Cilicie

Témoignages > Une carrière militaire - E.Coustillière - 1900 - 1937




Documents relatifs à la période 1919 -1922 en Cilicie




Le commandant Coustillière arrive en
Cilicie début mars 1919.Il est tout d'abord conseiller militaire auprès de la mission consulaire d'Adana en Cilicie puis doit réorganiser, sous les ordres du colonel Bremond , chef de la mission, la petite Arménie.

Il reçoit le commandement du Gaza autonome de Tarsous dont il sera gouverneur puis contrôleur pendant l'occupation de la Cilicie



«
Il (le colonel Brémond) s'embarqua sur le Lavoisier avec sept collaborateurs français, débarqua à Mersine le 30 janvier et fut à Adana le surlendemain. Il se rendit au Konak où le vali Nazim lui présenta les autorités. C'est là qu'il installa ses services, d'accord avec Nazim. Son premier acte fut de confirmer dans leurs emplois les fonctionnaires locaux dont le passé, pour autant que nous pouvions le connaître, car les Turcs avaient détruit lors de la retraite la correspondance officielle relative aux atrocités n'était entaché de prévarications excessives ni de crimes. Il adjoignit seulement au moutessarif (préfet) de chaque sandjak, un officier français pour veiller à la sécurité des troupes alliées et contrôler la gestion financière. Ce furent le lieutenant-colonel Normand au sandjak d'Adana. le capitaine Taillardat au sandjak du Kozan le capitaine André au Djebel-Bereket, le commandant Anfré au sandjak de Mersine et le commandant Coustillière au caza autonome de Tarsous. » (1)

Il est, de fait plongé, aussitôt dans une situation assez confuse où la Cilicie, dont la France avait reçu mandat par le traité de Sykes-Picot de défendre et administrer, fait l'objet de convoitises de certains alliés. Elle est aussi le sujet d'analyse franco-françaises très divergentes.

En effet, les Américains mais aussi les Britanniques souhaitent exercer leur influence sur cette région pour des raisons politiques mais aussi économique car celle-ci est riche en matières premières : pétrole, cuivre, coton.



Le général Hamelin fait état de préventions qui devront se révéler, très rapidement, parfaitement fondées.



Lettre du général Hamelin à l'état-major à Paris - 5 mars 1919


La France, dont les priorités se portaient ailleurs au Proche-Orient, devait par la suite, ne pas consacrer les efforts suffisants pour faire prévaloir ses droits et assumer ses devoirs au regard du mandat sur la Cilicie.

Cette absence de détermination française en Cilicie est entretenue par des débats internes français où s'affrontent des analyses que l'on pourrait qualifier, pour résumer, de pro-arméniennes/chrétiens et pro-turcs/musulmans. Cette dénomination, trop contractée, est forcément réductrice. Cependant il est certain que l'analyse faite localement sur le devenir de la Cilicie n'est pas homogène, et que cette hétérogénéité est également présente à Paris au sein même des instances décisionnelles.


Le point de vue, à ce sujet, de Sam Kaplan, chercheur israélien à l'université Ben Gourion, mérite d'être connu.

«
The cultural politics of French military officers' administrative reports which I have traced draws out the contested nature of French imperialist order and the organizing principles underlying its documentation. All the field officers, who had begun their careers in North Africa, availed themselves of modes of representation and stylistic paraphernalia that were readily accessible to their intended readers. All the same they did not hold a monolithic understanding of empire and nation. Their reports underscore how professional allegiances and parochial biases determined the preferences of one community over another, and, as a result, they produced divergent evaluations of the demographic contest in the region. Clearly, the reports that Brémond and Mougin respectively submitted to their superiors reveal radically different ways of constituting differences among a population during a discrete historical moment. Brémond and his staff understood France's role in Cilicia in terms of colonialist Orientalism, and supported Armenian aspirations. On the other hand, those who worked for the French diplomatic corps in Istanbul, such as Lieutenant Colonel Mougin, were on friendly terms with the French-speaking Turkish elite. In his reports, Mougin deployed a bourgeois nationalist discourse that favored ottoman Turkish sovereignty in the province » (2)


Dans ce débat, Eugène Coustillière , en dépit de ses expériences au Maghreb, se démarque des «orientalistes» et affirme un avis qui n'est pas celui de son chef.



« One staff member who failed to comply with Brémond's strict classification of Turks had his report amended by the colonel himself. The offender, Coustillière, the administrator of western Cilicia, had as it were inflated the population of the Turkish speakers in his report on the different communities in the Tarsus region and, by implication, denied the thesis of an Armenian majority. In the margins of Coustillière's report, Brémond wrote: "The population of Turkish language are not Turkish ipso facto; it's most likely that the indigenous natives originally fled to the mountains but nevertheless adopted the language of the conqueror" (underlined in the original). » (2)




-----------------




Le 30 mai 1920 un armistice est signé, sur ordre du général Gouraud, entre les troupes françaises et les kémalistes (1). Cet armistice est contesté par les autorités françaises qui semblent alors avoir fait preuve de quelque confusion. On parle de « suspension d'armes », acte militaire qui ne change rien à la situation politique locale et au point de vue diplomatique français …


Toujours est-il que Mustapha Kémal notifie à ses troupes la teneur de l'accord qui comprend notamment le retrait des Français jusqu'à la voie ferréee Mersine-Adana-Mouslimié. Les villes situées au nord de cette voie sont donc abandonées.


Le vali de la province, Djelal, est alors évacué. Il doit embarquer à bord d'un bâtiment français mais auparavant rejoint Tarsous par le train. Une certaine confusion règne dans cette atmosphère de repli français et de « victoire kémaliste ». Le train de Djelal est bloqué à l'entrée de Tarsous, la voie ayant été coupée. Le vali doit entrer en ville à pied.


Le commandant Coustillière, chef du contrôle administratif, prend des précautions (1). Il s'était emparé peu avant de l'ancien député Saddik et le gardait comme otage, pour répondre de la vie d'un professeur américain et de sa femme enlevés par les rebelles. Sadik était détenu sur parole dans sa maison. Quand il apprend la présence de Djelal à Tarsous il se parjure et gagne la campagne où il rejoint les Kémalistes.Cette fuite augmente la confusion. A Tarsous, la ville est en révolution. Djelal tarde à embarquer, il espère encore l'aide de Saddik qui ne répond pas à ses attentes. Il écrit à Kemal pour être réintégré dans ses fonctions et en appelle au peuple. Les autorités françaises embarque le vali de force à bord du Jurien de la Gravière qui doit le transférer à bord d'un paquebot italien qui le conduira à Constantinople.















La gare et le train à Tarsous en 1920


Le commandant Coustillière et sa femme à Tarsous en 1919


Tarsous, au balcon du gouverneur

Le 16 juin 1920, l'armistice expire (1 ). Gouraud sollicite son renouvellement. Mustapha Kemal en voit son autorité renforcée. Il lance un assaut sur Mersine. L'Ernest Renan, de la division navale de Syrie appuie les troupes françaises de son artillerie [ l'enseigne de vaisseau Cirier est à bord du Renan ….]. Kémal refuse le renouvellement de l'armistice. La guerre recommence.

A
Tarsous, on entend le canon, chaque fois qu'un avion survole la ville. Coustillière demande du secours. Mais ses signaux sont incomplets, il n'a pas de TSF et les autorités ne parviennent pas à savoir ce qui se passe réellement dans cette ville de trente mille habitants où deux bataillons français défendent leur existence. Les hommes du Train participent aux combat. Sous les ordres du lieutenant Bouissié, ils prennent leurs postes dans les tranchées aux côtés des soldats du 1er R.T.A..

Fin juillet une contre-offensive est lancée. Les Français accumulent les succès (1). Vers le 8 août, après avoir subi des pertes importantes dans divers combats, la colonne Gracy atteint
Tarsous. Avant de reprendre sa progression vers Adana, elle laisse la compagnie Deligne en renfort au commandant Coustillière.



Ordre général 86 - relatif aux opérations de juillet 1920

Le 27 août 1920 la paix est signée. La Cilicie est démembrée. Les conditions de cette paix ne satisfont ni les Arméniens bien sûr, ni les Kémalistes qui souhaitent une victoire militaire. Des troubles éclatent. Mais la France a décidé de se retirer. La période est difficile. Le 11 mars 1921, l'accord de Londres est signé qui prévoit notamment l'arrêt de toutes les hostilités puis l'accord d'Angora le 20 octobre 1921 qui voit la France consentir l'abandon de la Cilicie.

Extrait de presse arménienne

Au moment de quitter la Cilicie, en fin 1921, le commandant Coustillière offre un goûter à des officiers kémalistes (1) . Il sert alors un gâteau partagé en secteurs que des drapeaux français et turcs couronnaient. « moi, dit sa femme je préfère le turc ». Cette attitude n'est pas rare chez les officiers français que l'attitude d'atermoiements du gouvernements et les trahisons arméniennes avaient fini par lasser.
Pourtant en ce qui concerne Coustillière, cet officier a essayé de conserver un libre arbitrer et un recul que des témoignages arméniens confortent.





L'épouse du commandant Coustillière contribue au succès de la mission de son mari, ainsi qu'en témoigne cet ordre général signé Gouraud









Notes :


- 1 - In Documentation as History, History as Documentation: French Military Officials' Ethnological Reports on Cilicia - Sam Kaplan - janvier 2001

- 2 - In La passion de la Cilicie (p72) - Paul Du Véou




Revenir au contenu | Revenir au menu