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chap 04 - 1814 - 1882

Essais historiques > Monographie sur l'Histoire navale de la Tunisie

CHAPITRE 4
                                                            

                              

L'EXTINCTION DE LA MARINE TUNISIENNE A PARTIR DE 1815
                              
                            
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- Sous Osmane Bey en 1814, puis Mahmoud Bey de 1814 à 1824
- Sous Hussein II Bey de 1824 à 1835
- Sous Mustapha Bey de 1835 à 1837
- Sous Ahmed Bey de 1837 à 1855
- Sous Mohammed Bey de 1855 à 1859
- Sous Mohammed es Sadok Bey de 1859 à 1882

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4. L'EXTINCTION DE LA MARINE TUNISIENNE A PARTIR DE 1815
 

Longtemps à l'abri des menaces européennes et des convoitises du Sultan, les Beys  tunisiens s'aperçurent subitement, au lendemain des guerres napoléoniennes, que les puissances du nord de la Méditerranée ne sauraient plus accepter que les régences  "barbaresques" tirent impunément profit d'une Méditerranée infestée de corsaires et de pirates.  

Dès 1816, les Beys furent contraints de prohiber la Course et l'esclavage des blancs. Il fallut, cependant, attendre 1823 pour que la Course disparaisse totalement de la Méditerranée occidentale.

Cette décision, ajoutée à la perte de l'escadre tunisienne en 1821,  et à la destruction, plus tard, de la flotte du Bey à la bataille de Navarin, fut le facteur déterminant de la décadence irrémédiable de la marine beylicale.

La plus grande partie du XIX° siècle verra une Tunisie dépourvue de marine, ne s'intéressant qu'à son armée de terre.



Sous Osmane-Bey en 1814, puis Mahmoud-Bey de 1814 à 1824


L'année 1821 fut désastreuse pour la marine tunisienne. Après l'ensablement de Porto Farina où stationnaient les unités de la flotte, le Bey ordonna de ramener ses navires de guerre à La Goulette où ils arrivèrent après de grosses difficultés. Une fois réparés et équipés les bateaux prirent, dès 1820, la direction de l'Algérie pour reprendre la guerre contre les Algériens qui venaient de violer la paix conclue en 1816-17 en capturant des navires de commerce appartenant à des sujets tunisiens. Pris dans une terrible tempête les bateaux furent détruits et les épaves jetées sur la plage de Hammam-Lif. Seul Kchak Mohamed, grâce aux petites dimensions de son bateau, fut sauvé. Mille cinq cents marins tunisiens furent tués. Les navires détruits qui composaient la flotte étaient au nombre de huit:

-La frégate Azzahra
-La frégate Hagina
-La frégate Mihrazia
-La frégate Istamboulia
-La corvette Jadida
-La corvette espagnole
-Le brick Al Kabir
-Le steamer Al Kabira

A cette époque, la marine tunisienne était encore commandée par des sujets du Bey. L'Amiral de la flotte était Mustapha Raïs. Commandant-général des diverses unités, il était assisté par les Raïs:

Mohamed Lazaghli
Mustapha Takrour
Mohamed Raïs
Mustapha Karra Kalkazi
Kchak Mohamed
Mohamed Raïs Tatassiz

Sous Hussein II-Bey de 1824 à 1835

           
Difficilement reconstituée, la marine tunisienne fut de nouveau détruite quelques années plus tard, en 1827, à la bataille de Navarin où elle subit le sort de la flotte turque et égyptienne.


Sous Mustapha-Bey de 1835 à 1837


Aucun évènement naval particulier n'a marqué le règne de ce Bey.


Sous Ahmed-Bey de 1837 à 1855

              
Vers la fin du règne d'Ahmed Bey, celui-ci entreprit de faire de l'arsenal et du fort de La Goulette une oeuvre moderne. Il en chargea l'ingénieur Beausamis. On y vit travailler, en 1853, l'ingénieur Gasparry, et les mécaniciens Menier et de Tassy.

Au cours de son voyage à Paris en 1846, le Bey demanda au gouvernement de Louis-Philippe de détacher auprès de lui, à l'instar de la mission de Terre, un officier de Marine qui assurerait le commandement et l'instruction de sa petite flotte de guerre. Elle comprenait alors outre le Dante, steamer de 160 tonneaux, offert personnellement par Louis-Philippe au Bey Ahmed, et sur lequel celui-ci avait fait son voyage en France:

-le Minos, offert par le gouvernement français, en remplacement du Dante, échoué à La Marsa, fin décembre 1846;
- le Beji, ex-Charlemagne;    
- le Mansour, ex-Africain;
- la corvette à hélices Sadikia et l'aviso Assad, petits navires commandés à Bordeaux;
- le Béchir, ex-Toscana acheté en Italie.

Le capitaine de vaisseau Médoni, remplacé à sa mort, en 1853, par le capitaine de frégate Alliez, fut le chef de cette mission. Celle-ci, activée de 1847 à 1855, comprenait plusieurs officiers-mariniers et matelots.
        
Ahmed Bey entreprit même de faire construire, par son propre arsenal, une frégate de guerre sous la direction de l'ingénieur Gasparry. Cette frégate, l'Ahmadia, fut lancée en 1853. Elle flotta, mais ne put jamais prendre la mer. En dépit de l'avis du constructeur, sa coque n'avait pas été doublée en cuivre et elle fut rongée par le taret. La frégate dut être démolie.

Les principales unités de cette flotte étaient commandées par des officiers de la marine française, assistés d'officiers-mariniers français (on peut citer les noms de l'enseigne de vaisseau Veschi, l'officier-marinier Deluchi, le mécanicien Angelo, le chirurgien de Marine Ventre puis le chirurgien-auxiliaire They), contrairement à ce qui se passait au début du siècle.

Cette Marine, dont les officiers d'Etat-Major et les commandants étaient  français, se voyait contrôlée par des étrangers.

De plus, cette flotte pêchait par son manque d'entretien et l'insuffisance de la formation de son personnel. Son état était particulièrement médiocre à en croire les témoignages de l'époque.

Le Bey décida par ailleurs de créer un port militaire d'envergure destiné à recevoir sa flotte. Il fit moderniser et équiper Porto Farina à grands frais, bâtissant quais, casernes, entrepots, et arsenal. Mais personne n'avait pris le soin de faire draguer la rade et les navires d'Ahmed Bey ne purent jamais entrer dans la baie transformée en lagune par les alluvions de la Medjerda. La Goulette devint alors l'objet des sollicitudes du prince. Les forts furent remis en état par des ingénieurs français ainsi que l'arsenal.

En 1853, une  forte tension existait entre Russes et Turcs. Ahmed Bey prit alors la décision de participer à l'expédition de Crimée. Il envoya des renforts militaires composés de 10.000 hommes et de 6.000 fusils destinés à l'armée turque.

Les moyens de transports furent rassemblés à La Goulette: une frégate, deux bricks, trois vapeurs appartenant à la marine militaire et une soixantaine de navires affrétés.

L'escadre était commandée par le Lioua (Général de Brigade) Si Mohamed. Elle appareilla le 21 juillet 1854 et arriva à Constantinople le 26 juillet.

 
Sous Mohammed-Bey de 1855 à 1859


La marine tunisienne fut liquidée par Mohamed Bey, qui n'accordait aucune importance aux questions maritimes, pas plus d'ailleurs qu'à celles de l'armée.  

Il fut cependant contraint d'acheter deux dragues à la France pour faire dégager les passes de La Goulette. L'une des deux  fut coulée, durant le  transit, par son propre remorqueur tunisien.


Sous Mohammed Es Sadok-Bey de 1859 à 1882



Mohammed Es Sadok, souhaitant suivre les traces d'Ahmed et relever la marine tunisienne, acheta quelques unités, mais il dut les céder à un agent anglais, faute de pouvoir payer les frais d'entretien.

En effet, dés 1868, un courtier israélite de Tunis conseilla au Bey d'assurer des services commerciaux avec ses navires sous employés. Il fit remettre en état les bâtiments aux frais du Bey et entreprit différentes croisières, parfois jusque dans l'océan Indien. Ces expériences furent pitoyables et les navires allaient d'échouages en séquestrations. L'odyssée du Sadikia est particulièrement exemplaire. Elle prit fin au Japon, où le navire fut mis aux enchères pour rembourser les dettes de ces malheureuses opérations.

Il ne restait plus au Bey que l'aviso Béchir. Celui-ci continua de naviguer, notamment pour des visites de courtoisie à Constantinople. Il eut de nombreuses mésaventures nécessitant des réparations longues et coûteuses jusqu'en 1820, époque à laquelle, effectuant un chargement de blé pour rentabiliser son emploi, il fut saisi par les créanciers du Bey dans le port de Malte pour une dette de 300.000 francs. Dix ans plus tard, il coulait un vapeur anglais dans les eaux grecques et le Bey, excédé par le coût et les tracas, décidait de limiter les sorties du Béchir aux eaux tunisiennes.

A la veille du Protectorat, il ne subsistait qu'un seul vestige de la Marine tunisienne: le titre de Vice-Amiral, que portait le gouverneur de La Goulette.

 
 
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